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Questions de lecteurs : Ma bibliothécaire me parle toujours de « Diouais ». C’est son crush du moment ou quoi ?

Question n°69 de Nellie Oleson, 13 ans 1/2 : Ma bibliothécaire me parle toujours de « Diouais ». C’est son crush du moment ou quoi ?

Bon, n’en faites pas trop non plus

Son « crush » ? Mais absolument Nellie ! Et ça fait un bon bout de temps qu’elle en parle, croyez-moi !  Mais que voulez-vous, elle n’ose pas lui dire ce qu’elle ressent. D’ailleurs personne n’arrive à se mettre d’accord sur ce prénom ; vous entendrez de tout : « Dis Ouais », « Diou Ouais » « Doux i » ou encore « Doux Oui »… Mais cela s’écrit Dewey (Melvil de son ptit nom) et il est peu de dire qu’il s’agit du bibliothécaire le plus populaire de tous les temps.

« Mais c’est qui ce mec chelou à la fin bordel ? » devez-vous vous demander avec empressement.  Ce jeune américain – qui fait tant fantasmer les bibliothécaires – est né en 1851 et a révolutionné le système de classement des documents en bibliothèque.

Mais matez-moi ce pur beau gosse soooo 1800 !

A l’âge de 25 ans il propose, dans sa Classification and Subject Index for Cataloguing and Arranging the Books and Pamphlets of a Library (que nous renommerons CDD pour des raisons évidentes que je ne citerai donc pas ici, histoire d’éviter un pavé-monologue qui nuirait à la compréhension de l’explication que vous avez commencé à lire dans cet article de l’Infra-Monde – qu’est ce que je disais déjà ?),  un système de classement des documents s’appuyant sur des classes, des divisions et des sections.

On raconte que si vous répétez 3 fois « Beetle Dewey » en vous regardant dans une glace un soir de pleine lune, il se passera des choses étranges dans le bureau de votre DAC le lendemain.

Ce système compte 10 classes, 100 divisions et 1000 sections. Aujourd’hui encore, ce document est régulièrement mis à jour et complété par la OCLC – une coopérative mondiale de bibliothèques fondée en 1967.

On peut même compter plusieurs éditions différentes en France :

  • La complète qui comprend 4 énooormes pavetons
  • L’abrégée qui ne comprend, elle, qu’un seul énooorme paveton
  • La méga abrégée qui est celle dont on se sert régulièrement en bibliothèque.

Alors vous comprenez bien que Dewey, du fin fond de sa tombe, il peut se la péter grave : en plus de faire bosser des gens même après sa mort, son oeuvre est traduite dans tout un tas de langues et c’est le système de classification le plus utilisé dans le monde ! (DANS LE MONDE)

Bon, c’est bien beau tout ça, mais on parle de « classes » de « divisions » de « tables », de « sections »…  sérieusement, c’est quoi ce bazar ? Y-a t-il VRAIMENT quelqu’un qui y comprend quelque chose ?

Grace à la CDD, les bibliothécaires vont pouvoir classer les livres par sujets. Il sera alors plus simple de les retrouver dans la bibliothèque ou sur l’ordinateur.

Pour que vous compreniez bien, voici les principales classes Dewey :

  • 000 – Généralités (informatique, information, ouvrages généraux)
  • 100 – Philosophie (philo, psycho, occultisme, parapsychologie)
  • 200 – Religion
  • 300 – Sciences Sociales
  • 400 – Langues
  • 500 – Sciences de la nature et mathématiques
  • 600 – Techniques (Technologies, sciences appliquées)
  • 700 – Beaux-arts et loisirs
  • 800 – Littératures
  • 900 – Histoire/Géo
La CDD, cet arc-en-ciel psychédélique qui illumine le cœur de votre bibliothécaire.

La Dewey, est  ce que j’appelle un raisonnement par entonnoir : on part d’un sujet très vaste (la classe) pour petit à petit cibler l’information (les subdivisions).

Le documentaire Les oranges de mon verger sera ainsi classifié :

Classe 600 – (Technologie ( sciences appliquées))

Subdivision 630 – Agriculture et techniques connexes

634 – Vergers, fruits, forêts. Arboriculture

634.3 – Agrumes. Moracées.

Plus votre bibliothèque sera grande (aura beaucoup de documents) et plus il y aura d’intérêt à peaufiner votre classification : la BNF n’aura pas les mêmes besoins que la bibliothèque municipale de Trifouilly-Les-Oies.

Les oranges du verger du Tsar Nicolas II est un ouvrage sur l’agriculture certes, mais vous pourrez plus facilement renseigner le « docteur-es-vergers » si vous avez précisé – grâces aux tables de la CDD – la période historique (XIXème) et la localisation géographique (Russie) dont traite le document.

Si vous n’avez qu’un seul documentaire sur les agrumes, inutile d’apporter plus de précisions : 634.3, c’est déjà très bien.

Il existe bien sur d’autres systèmes de classification… la CDU par exemple… mais ceci est une autre histoire…

« Et demain, je te raconte l’histoire du bibliothécaire qui exploitait une CDD dans un CDI… »

 

Animation en bibliothèque – Pierre et le loup

Animation en bibliothèque – Pierre et le loup
Animation proposée par Famelie

Titre de l’animation : Pierre et le loup
Durée : 45min
Public visé : CP
Objectifs de l’animation : -Découvrir un conte musical : Pierre et le loup et ses différentes adaptations – Découverte d’instruments de musique
Matériel nécessaire :
– Les cartes images personnages et instruments (de bout de gomme)
– Un tableau type velleda
– Des marionnettes à doigts ou mini pancartes (optionnel)
Documents utilisés : Le livre « Pierre et le loup » version simplifiée – Le livre cd de Serge Prokofiev raconté par Gérard Philippe

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Déroulement de l’animation :
– Présentation et lecture d’une version simplifiée de « Pierre et le loup » de Philippe Boisseau ou autre (10min)

– Demander aux enfants quels sont les personnages de cette histoire. Au fur et à mesure des réponses, présenter les cartes personnages (de bout de gomme) sur un tableau. (5min)

– Expliquer que « maintenant nous allons écouter le conte musical de « Pierre et le loup » c’est-à-dire que l’histoire a été mis en musique. Elle a été écrite par Serge Prokofiev et elle est racontée par Gérard Philippe. Dans ce conte, chaque personnage est associé à un instrument de musique. » Sortir les cartes instruments et demander aux enfants s’ils connaissent cet instrument sinon le présenter puis le poser sur le tableau, faire de même pour toutes les cartes et surtout les mettre en vrac sur le tableau. (5min)

– Ecoute de l’«intro » de « Pierre et le loup » de Serge Prokofiev raconté par Gérard Philippe (2min)

– Jeu d’association personnage/instrument avec les cartes de bout de gomme ICI
Ensemble nous associons un personnage avec son instrument. (5min)
Ecoute de la suite de « Pierre et le loup » de Serge Prokofiev raconté par Gérard Philippe (20min)

Idée complémentaire : faire des marionnettes à doigts ou des pancartes personnages ou instruments à lever pendant l’écoute.
Choix de livres par les enfants (15min)

–> Je n’ai pas testé cette animation

–> Cette animation était : Un super succès

Animation en bibliothèque – A la découverte des petites bêtes d’Antoon Krings

Animation en bibliothèque – A la découverte des petites bêtes d’Antoon Krings
Animation proposée par Famelie

Titre de l’animation : A la découverte des petites bêtes d’Antoon Krings
Durée : 35 min
Public visé : MS/GS
Objectifs de l’animation : Découvrir l’univers d’un auteur : « Antoon Krings » Découvrir une collection : « Drôle de petites bêtes »
Matériel nécessaire : Cartes couvertures vierges et étiquettes titres
Documents utilisés : Livres d’Antoon Krings

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Déroulement de l’animation :
– Lecture de quelques titres d’Antoon Krings présentés par ma marionnette Mireille l’abeille. Ex : Mireille l’abeille, Amélie la souris, Pierrot le moineau, Benjamin le nain… (20 min)
– Activité du titre mystérieux : Retrouver le titre des albums lus précédemment et en deviner d’autre. Associer les cartes couverture vierge et les titres. On laisse les livres à côté pour pouvoir comparer.
Quelques cartes et étiquettes sont fournies dans le fichier pédagogique de Gallimard jeunesse p.16 et 17. (15min)

Cette animation était : Un succès

Questions de lecteurs : Bonjour, je cherche un livre. Je ne sais plus le titre, ni l’auteur. Mais il était bleu. Ou peut être rouge.

Question n° 156 de Mirza Soleil, 78 ans : Bonjour, je cherche un livre. Je ne sais plus le titre, ni l’auteur. Mais il était bleu, ou peut être rouge…

Abracadabra, votre bibliothécaire apparaît dans un nuage de fumée. *Pouf* « Bonjour madame, alors vous cherchez un livre ? Ça tombe bien, vous êtes dans une bibliothèque.  Ah, vous n’avez ni titre, ni auteur ? Prenez un siège, ça risque d’être long. »

Mais pourquoi long ?

Pour comprendre cela, il faut savoir comment les livres (et autres documents) sont répertoriés dans votre bibliothèque et plonger dans les abîmes du…. CATALOGAGE…

Mais qu’est ce que c’est ENCORE que ça ? Et bien c’est, tout simplement, la description du document que vous avez entre les mains : est-ce un livre, un DVD, une chaussette, une tablette ? Combien de pages y-a-t-il ? Qui l’a écrit, réalisé, composé ou illustré ? En quelle année ? … et tant d’autres questions que vous vous posez !

La paire que vous aviez accidentellement perdue la dernière fois à la bibliothèque a, en réalité, été cataloguée par un bibliothécaire cleptomane. Félicitation.

Il y a quelques années, chaque livre avait le droit à sa petite fiche papier qui contenait les informations utiles : titre, auteur, éditeur, date d’édition, pagination…

Exemple d’une fiche des années 1990 trouvée dans un des romans que je dois encore informatiser.

Ces petites fiches étaient classées dans des meubles très spéciaux (vendus très cher aujourd’hui sur les sites de vente en ligne) avec tout un tas de petits tiroirs trop mignons.

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Aujourd’hui, la plupart des bibliothèques ont découvert les joies de l’informatique. Les petites fiches papiers sont devenues numériques, avec tout un tas de champs incompréhensibles pour la majorité des humains.

Page de formules diaboliques arrachée à un site mystérieux de la secte BNF – vulgairement appelée « notice ».

Des nombres, des $dollars$, des codes énigmatiques… tout correspond en fait à des données précises : des informations sur votre livre. Les bibliothécaires appellent cette mise en page étrange le format UNIMARC.

Regardez par exemple le champ 200 de votre notice : il s’agit des « titre et mention de responsabilité ». Le sous-champ 200 $a s’applique au titre de votre  document. Le $f à l’auteur.  Et ainsi de suite…

Voilà donc à quoi ressemble, pour un bibliothécaire, la fiche numérique de votre livre. Bien sûr, une fois mises en page, vous ne verrez plus toutes ces informations sur le catalogue.

Petit à petit, le format UNIMARC évolue. A terme, sa forme actuelle est vouée à être remplacée par un modèle (le FRBR, appelé aussi éfèrbéhèr ou Freubreu) plus adaptable aux moteurs de recherche type Gougle ou Bong.

Revenons à votre livre perdu : l’ordinateur va chercher les informations contenues dans cette notice. Or regardez bien : le détail de la couverture n’est mentionné nulle part ! Cela viendra probablement un jour, mais pour l’heure, les logiciels des bibliothèques sont incapables de retrouver un document par leur jaquette ou leur première de couverture.

(En fait, techniquement, ça serait possible. Il suffirait à chaque catalogage de remplir un champs spécifique « couleur » soit en toutes lettres avec un menu contrôlé, soit en sélectionnant directement une image couleur (menu contrôlé aussi) puis tout serait une question de mise en page.)

Cela viendra, cela viendra.

La couverture du Gabalda de 2017 : plutôt « Bleu pétrole sous un ciel printanier », « Bleu smalt dans un verre de whisky » ou « Bleu barbeau hypnotisant si vous louchez un peu » ?

ATTENDEZ ! Ne partez pas ! Tout n’est pas perdu, nous pouvons peut-être encore reconstituer le puzzle : décrivez précisément la couverture. Connaissez-vous le synopsis du document ? Plutôt fiction ou documentaire ? Est-ce une nouveauté ou un ancien titre ? Vous en avez entendu parlé dans une critique (radio, télé, papier) récente ?

Votre bibliothécaire va faire travailler ses méninges (et celles de ses collègues) ou va solliciter un moteur de recherche pour essayer de trouver votre livre.

Malheureusement, si les informations que vous apportez ne sont pas suffisantes, il peut arriver de ne jamais retrouver le titre que vous recherchez. En 2015, le ministère de la communication et de la culture publiait les chiffres clefs du secteur du livre (de 2014). Rendez-vous compte : cette année là plus de 80.250 titres ont été produits ! Le vôtre est peut-être un de ceux là.

Ou pas.



J’ignore si vous êtes prête pour cela, mais il existe une ultime solution pour retrouver votre livre… Une solution aussi effrayante que maléfique…

Et cette solution se trouve auprès de votre Bibliothécaire Patrimonial (Oui, celui-là même qu’on a achevé la dernière fois). Flattez un peu son encolure, complimentez-le sur la soyeuseté de son poil et la douceur du dernier incunable acquis, puis demandez-lui de vous trouver quelques ouvrages sur…

La Bibliomancie.

(prononcer avec une voix gutturale ou écrire en lettres de sang)

Et oui puisqu’internet et le cerveau de votre conseiller habituel n’ont pas pu résoudre le problème du livre à couverture rouge (ou bleue), il ne reste que la divination. Et quoi de mieux qu’une bibliothèque pour pratiquer la bibliomancie ?

Sous le court titre de Dictionnaire infernal : répertoire universel des êtres, des personnages, des livres, des faits et des choses qui tiennent aux esprits, aux démons, aux sorciers, au commerce de l’enfer, aux divinations, aux maléfices, à la cabale et aux autres sciences occultes, aux prodiges, aux impostures, aux superstitions diverses et aux pronostics, aux faits actuels du spiritisme et généralement à toutes les fausses croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles, l’auteur J. Collin De Plancy expliquait dans son édition de 1863 la bibliomancie :

Divination ou sorte d'épreuve employée autrefois pour reconnaître les sorciers. Elle consistait à mettre dans un des cotés d'une balance la personne soupçonnée de magie, et dans l'autre la bible ; si la personne pesait moins, elle était innocente ; si elle pesait plus, elle était jugée coupable : ce qui ne manquait guère d'arriver, car bien peu d'in-folio pèsent un sorcier. On consultait encore la destinée ou le sort en ouvrant la Bible avec une épingle d'or, et en tirant présage du premier mot qui se présentait.
Technique proche de la bibliomancie, les Monty Python pratiquaient la canardomancie.

On peut facilement rattacher la bibliomancie aux Sorts Homériques.

I. Bodin Angevin en parle d’ailleurs très bien en 1580 dans son ouvrage « De la démonomanie des sorciers »

Lunier, en 1805, résumera ainsi dans le volume 2 de son Dictionnaire des sciences et des arts :

C'étoient des divinations, par lesquelles on croyoit que le vers qui se rencontroit à l'ouverture des poësies d'Homère, étoit une réponse précise à la question qu'on agitoit.

Bref, aujourd’hui, la Bibliomancie consiste à tirer de la lecture d’un passage choisi au hasard une prédiction ou une décision.

L’occasion de demander le titre (et la localisation) de cet ouvrage mystérieux que vous cherchez, n’est-ce pas  !

Parce que si les bibliothécaires sont un peu des sorciers, les livres ont, eux aussi, quelque chose de magique.

Coup de chance (ou coup du sort) voilà justement un roman de David Brin sur mon bureau. En l’ouvrant au pif avec une épingle d’or une douchette, voici le résultat : « C’est mauvais signe, n’est ce pas ? » (T1, p.145)

Pour l’interprétation, je vous laisse seule juge. Mais ne restons pas sur un propos négatif : je vous propose de réessayer, parce que bon, tout le monde sait que si les bibliothécaires sont capables de retrouver des livres perdus, ils sont aussi capables de dévier le destin.

Je change donc discrètement de bouquin histoire de mettre toutes les chances de mon côté pour « dévier le destin » et j’ouvre le nouveau livre à une page lambda.

(T2, p.209) « J’étais dans l’erreur ».

(Opération réalisée sans budget et sans trucage)

Bon.

Alors à un moment, madame Soleil, j’ai envie de vous dire, bibliothécaire ou pas, quand ça veut pas, ça veut pas.

Votre bibliothécaire Willy vous l’annonce officiellement : il ne retrouvera pas votre livre.