Archives pour la catégorie Questions des lecteurs

Question de lecteurs : J’ai lu dans un magazine que les bibliothécaires pouvaient aussi bulletiner… moi qui croyais que seules les abeilles étaient capables de ça !

Question n°357 de Maya Labbeil, 16 ans – J’ai lu dans un magazine que les bibliothécaires pouvaient aussi bulletiner… moi qui croyais que seules les abeilles étaient capables de ça… ce monde est vraiment fascinant !Bonjour Maya, je sais bien que l’été est là, mais êtes vous bien certaine de ne pas confondre bulletinage et butinage ?

Le bulletinage consiste à pointer des fascicules de périodiques.

Voici la définition donnée par l’association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) :
« Enregistrement régulier des livraisons d’une publication en série, au fur et à mesure de leur arrivée dans un service, permettant de connaître l’état de la collection. « 

Si on décrypte le schmilblick :

  • Enregistrement régulier, ça signifie que que votre bibliothécaire va les bipper (et plus si affinité) sur son logiciel de bibliothèque.
  • Une publication en série, c’est vos périodiques.
  • Les périodiques, c’est les revues et les journaux.
  • L’état de la collection, c’est savoir ce qu’on a reçu et ce qu’on a pas reçu.

Bip bip bip le traducteur de l’infra-monde vous reformule ça :

Le bulletinage, c’est quand votre bibliothécaire va entrer sur son ordinateur les magazines et les journaux que la factrice vient d’apporter et auxquels la bibliothèque est abonnée, pour que vous puissiez, par la suite, les emprunter et faire les mots-croisés discretos.

En plus c’est cool car ça permet à la bibliothèque de savoir si elle se fait carotte par les éditeurs qui « oublieraient malencontreusement » de livrer les revues.

Navrée Maya, mais si les bibliothécaires savaient récolter le pollen et fabriquer du miel, les bibliothèques seraient en fait de gigantesques mielothèques et les étagères probablement de grosses alvéoles en cire…

Les bibliothécaires communiqueraient entre eux en dansant et en remuant plus ou moins vite les bras.

Notre responsable de bibliothèque serait la Reine-Mère et elle pondrait régulièrement des larves de bibliothécaires…

Je… et si on s’arrêtait là ?

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Votre bibliothécaire, une fois que le DAC a approuvé les nouveaux uniformes « originaux », « jeunes » et « swags » proposés par le responsable comm’ de votre commune.

Questions de lecteurs : le programme d’une bibliothécaire pour occuper les enfants

Question n°59 de Térésa M.Quel est le programme d’une bibliothécaire pour occuper les enfants ?

On pense tous qu’un bibliothécaire est un humain comme les autres : qu’il se lève le matin avec une haleine de poney, prend son petit déjeuner, va se laver, s’habiller et s’enfuit d’un pas gracile et soyeux travailler.

La vérité, Térésa, est ailleurs.

Car le bibliothécaire est une créature perturbée, obnubilée. Voilà pourquoi il se plie quotidiennement à un programme strict. Un programme pour occuper les enfants…

Votre bibliothécaire, décontracté, se préparant à son prochain accueil

Tout commence alors que la bibliothèque est fermée au public… De l’extérieur, les lumières semblent éteintes… pourtant… pourtant c’est bel et bien dans ces lieux terrifiants que vont se jouer les minutes les plus abominables de l’existence du bibliothécaire.

Plaque d’eczéma n°1 : les accueils de classes

-> Des accueils à la chaîne durant lesquels vous êtes interrogés si minutieusement que vous préféreriez que ce soit Gibbs (du NCIS) lui même qui mène l’interrogatoire :

  • Tu te souviens c’est quoi mon nom ? (Non.)
  • C’est quoi le livre que j’avais pris la dernière fois qu’il était trop bien ? (Je sais pas.)
  • Pourquoi tu comptes pas TOUS les livres qu’il y a dans ta bibliothèque ? (Car je sais déléguer ce genre de tâche ; Tu comprendras quand tu seras en CP.)
  • Mais pourquoi y a une fenêtre là et pas là ? (Le cœur de l’architecte  municipal est insondable…)
  • Et si je déchire une page en l’ayant un peu fait exprès y va se passer quoi ? (Je te balance par la fenêtre qu’il n’y a pas là.)
  • T’as vu que je peux ramper dessous le meuble ? (Et sinon, la maîtresse, elle repart quand ?)
Votre bibliothécaire connait 154 techniques différentes pour rester zen en toute situation.

Plaque d’eczéma n°2 : le projet scolaire

-> Vous aviez lancé, comme ça, sans penser aux conséquences, une vague idée de rencontre d’auteur avec une classe [ou insérez ici toute autre animation]… Le prof a été ravi que vous souhaitiez vous occuper de ses enfants. Vous un peu moins.

Un enseignant enchanté de vous accompagner dans ce partenariat

Plaque d’eczéma n°3 : les accueils en crèche

-> Mais pourquoi, pourquoi donc, vous êtes vous douché avant de venir ?

Plaque d’eczéma n°4 : Le service public pré-bac

-> Le bac approche, cauchemar des bibliothécaires. Des hordes d’étudiants qui cherchent à booster leur cerveau (*cerrrrrveauuuu*) envahissent plus ou moins bruyamment (plus que moins d’ailleurs) le moindre recoin de votre (ex) paisible bibliothèque (Le seul moment où vous les voyez d’ailleurs). Musique, braillements au téléphone, chips et sodas, ils vous sortent l’intégrale, juste pour vous séduire.

Scène pré-bac : ados tentant d’obtenir une place en salle d’étude…

Plaque d’eczéma n°5 : Le service public tout court

-> Où ces charmants enfants, balancés de l’ouverture à la fermeture dans votre structure avec leur petits frères/petites sœurs à garder – parce que bon, on va quand même pas les surveiller à la maison – monopolisent votre attention non stop… de 10h à 18h30…

Un bibliothécaire (un peu trop) confiant.

Puis vient l’heure de la fermeture :

Votre bibliothécaire à 18h30

 

En vérité, Térésa, les bibliothécaires adoooorent travailler avec les enfants. Pourquoi ? C’est simple, car ils peuvent TOUT faire avec ce public. Un rien peut devenir une animation, un sujet de discussion ou un projet élaboré. On peut sérieusement parler de baleines dans des arbres ou de loups végétariens… Sans compter qu’on peut plus facilement trouver masse de partenaires plus ou moins emballés.

Mais il ne s’agit pas seulement d’occuper les enfants : définissez au préalable quelques objectifs intéressants pour eux, comme pour vous. Qui souhaitez-vous toucher ? Les mater n’auront pas les mêmes besoins que les collégiens. Combien de temps avez vous devant vous et de quel matériel disposez-vous ??…

Bref, faites comme James Bond, évaluez la situation !

Et si vous manquez d’inspiration, je connais un site qui propose quelques idées… Attendez que je me souvienne… ça commence par « Infra » je crois… 😉

Mais de là à en faire un programme, n’exagérons pas. Laissons aussi la place à nos envies, notre ressenti : vous aviez prévu un parcours découverte mais les enfants ont autant de motivation qu’une limace face à un lion ? Changer votre marteau de main et proposez un atelier livres-hérisson ! (bon, si vous avez fait de la comm’ dessus au préalable, ça sera plus compliqué.)

Mais n’oubliez pas, comme avec tous les publics, il y a des hauts et des bas. Des jours avec et des jours sans.

Plus qu’à trouver comment occuper les adultes maintenant…

Votre bibliothécaire, piégé dans un remake de l' »Histoire sans fin »

Questions de lecteurs : Il paraît que ma bibliothèque est un 3ème lieu. J’ai horreur des 3èmes places. Comment aller dans une bibliothèque 1er lieu ?

Question n°34 de Nicole Yédepate, 54 ans Il paraît que ma bibliothèque est un 3ème lieu. J’ai horreur des 3èmes places ; Je suis une gagnante moi ! Comment aller dans la bibliothèque 1er lieu ?

Bibliothèque premier lieu

Bonjour Nicole. Je crains que vous ne vous fourvoyiez sur la signification de 3ème lieu. Il n’y a au bout de la course ni trophée, ni médaille, ni gros chèque pour habiller votre bibliothécaire.

Ce concept a vu le jour aux Etats-Unis, dans les années 1980 et distingue 3 lieux différents :

  • Le premier, c’est la maison, le foyer. En temps normal, je partirai dans une envolée lyrique, hurlant dans vos oreilles les paroles d’une chanson ou une poésie ultraconnue (Reverrai-je le clos de ma pauvre maison…) mais je sens que vous mourrez d’envie de connaitre la suite, alors je bride mes élans et continue ma prose…
  • Le second lieu, (Pierre Béarn le connaissait bien) c’est le boulot.
  • Et enfin, le troisième, celui qui nous intéresse, est dédié à des espaces de rencontres, là où les gens peuvent se réunir, débattre et échanger.

Mais « KIKEKOIKES ? » devez-vous vous demander (avec raison). Et surtout, comment ça marche ?

Et bien Ray Oldenburg <- le mec qui a assemblé la représentation du tiers-lieu (pas le chanteur (Charles), ni le fabriquant de lunettes (Ban)), ce type là donc – un sociologue – a décrété qui fallait répondre à quelques caractéristiques pour se définir comme 3ème lieu.

  • Il faut être un espace vivant et neutre. Un cimetière par exemple, ne sera pas un troisième lieu. Sauf, bien sur, si Ginette organise régulièrement une « Tea-party » avec ses copines autour de la stèle d’Igor pour débattre des coûts des enterrements en Île-de-France.
Un après-midi comme un autre au cimetière du Tiers-Lieu
  • Il faut que ce soit un lieu d’habitués qui fassent comme à la maison ! (Non, se débarrasser de son chewing-gum en le collant sur la moquette de la bibliothèque n’en fera pas un troisième lieu.)

 

  • Ça doit être un lieu qui tend à l’œcuménisme social. Un mot compliqué pour ceux qui veulent se la péter en soirée, mais qui signifie juste que ce lieu doit rapprocher les gens, les unir… (on parlait précédemment d’échanges, de débats… bref, ce genre de trucs qui ont une forte vocation sociale.)

 

  • Pour finir, cela implique une nouvelle approche culturelle, plus libre et participative.

Alors que viennent faire les bibliothèques là dedans ? Bon, je ne vais pas vous le cacher, Oldenburg s’en carrait pas mal des bibliothèques. Cependant, ses idées ont fait leur chemin et ont été reprises, notamment par les bibliothécaires (et d’autres sociologues).

C’est ainsi que l’on a vu des cafés s’ouvrir dans des bibliothèques, avec des salles à langer, des fablabs, des ateliers tricots…

Quand la responsable médiation prend quelques libertés dans ses animations

Pour résumer, le troisième lieu, c’est un lieu d’échanges, de partage des ressources, des compétences et des savoirs. Un lieu social. Un lieu de transversalités. Un lieu d’inter-actions.

Mais c’est aussi, pour les bibliothécaires, repenser sa médiation, ses services, ses collections et ses espaces.

Quand votre bibliothécaire essaye de vous convaincre : « Si, si, l’atelier macramé de 15h30, c’est parfaitement adapté pour vous. »

Bien sur, ce n’est pas parce que le terme a été repris dans un mémoire en 2009 (et qui a, pour le coup, foutrement popularisé le truc), que les espaces ouverts et conviviaux dans les bibliothèques n’existaient pas  en France avant. Ça a juste forcé la porte à une « nouvelle » réflexion autour des bibliothèques : entre le décloisonnement des espaces, la place des collections, le renouvellement des services… et, non négligeable, ça a aussi interrogé quelques élus (une biblio…quoi ?).

Mais on aime bien faire ça, en général, réinventer des choses qui existent déjà : ainsi, on aura pu voir germer les initiatives du ministère de la culture Lire en Short (qu’on appelait donc auparavant bibliothèques de rue) ou encore la Nuit de la Lecture (qui en fait est la copie des nuits en bibliothèques qui existaient déjà dans toute la France).

Marc-Antoine, bibliothécaire-médiateur-animateur-informaticien, en pleine réflexion sur la refonte des collections documentaires.

Pooopooopooo ! Ça parle mal sur l’Infra aujourd’hui !

D’ailleurs, en 2017, le Troisième Lieu c’est déjà « has-been ». Maintenant, on parle de Quatrième Lieu : un mélange entre Troisième Lieu, Learning Center et Fablab… Bref, un lieu pour échanger, mais surtout apprendre.

Questions de lecteurs : Ma bibliothécaire me parle toujours de « Diouais ». C’est son crush du moment ou quoi ?

Question n°69 de Nellie Oleson, 13 ans 1/2 : Ma bibliothécaire me parle toujours de « Diouais ». C’est son crush du moment ou quoi ?

Bon, n’en faites pas trop non plus

Son « crush » ? Mais absolument Nellie ! Et ça fait un bon bout de temps qu’elle en parle, croyez-moi !  Mais que voulez-vous, elle n’ose pas lui dire ce qu’elle ressent. D’ailleurs personne n’arrive à se mettre d’accord sur ce prénom ; vous entendrez de tout : « Dis Ouais », « Diou Ouais » « Doux i » ou encore « Doux Oui »… Mais cela s’écrit Dewey (Melvil de son ptit nom) et il est peu de dire qu’il s’agit du bibliothécaire le plus populaire de tous les temps.

« Mais c’est qui ce mec chelou à la fin bordel ? » devez-vous vous demander avec empressement.  Ce jeune américain – qui fait tant fantasmer les bibliothécaires – est né en 1851 et a révolutionné le système de classement des documents en bibliothèque.

Mais matez-moi ce pur beau gosse soooo 1800 !

A l’âge de 25 ans il propose, dans sa Classification and Subject Index for Cataloguing and Arranging the Books and Pamphlets of a Library (que nous renommerons CDD pour des raisons évidentes que je ne citerai donc pas ici, histoire d’éviter un pavé-monologue qui nuirait à la compréhension de l’explication que vous avez commencé à lire dans cet article de l’Infra-Monde – qu’est ce que je disais déjà ?),  un système de classement des documents s’appuyant sur des classes, des divisions et des sections.

On raconte que si vous répétez 3 fois « Beetle Dewey » en vous regardant dans une glace un soir de pleine lune, il se passera des choses étranges dans le bureau de votre DAC le lendemain.

Ce système compte 10 classes, 100 divisions et 1000 sections. Aujourd’hui encore, ce document est régulièrement mis à jour et complété par la OCLC – une coopérative mondiale de bibliothèques fondée en 1967.

On peut même compter plusieurs éditions différentes en France :

  • La complète qui comprend 4 énooormes pavetons
  • L’abrégée qui ne comprend, elle, qu’un seul énooorme paveton
  • La méga abrégée qui est celle dont on se sert régulièrement en bibliothèque.

Alors vous comprenez bien que Dewey, du fin fond de sa tombe, il peut se la péter grave : en plus de faire bosser des gens même après sa mort, son oeuvre est traduite dans tout un tas de langues et c’est le système de classification le plus utilisé dans le monde ! (DANS LE MONDE)

Bon, c’est bien beau tout ça, mais on parle de « classes » de « divisions » de « tables », de « sections »…  sérieusement, c’est quoi ce bazar ? Y-a t-il VRAIMENT quelqu’un qui y comprend quelque chose ?

Grace à la CDD, les bibliothécaires vont pouvoir classer les livres par sujets. Il sera alors plus simple de les retrouver dans la bibliothèque ou sur l’ordinateur.

Pour que vous compreniez bien, voici les principales classes Dewey :

  • 000 – Généralités (informatique, information, ouvrages généraux)
  • 100 – Philosophie (philo, psycho, occultisme, parapsychologie)
  • 200 – Religion
  • 300 – Sciences Sociales
  • 400 – Langues
  • 500 – Sciences de la nature et mathématiques
  • 600 – Techniques (Technologies, sciences appliquées)
  • 700 – Beaux-arts et loisirs
  • 800 – Littératures
  • 900 – Histoire/Géo
La CDD, cet arc-en-ciel psychédélique qui illumine le cœur de votre bibliothécaire.

La Dewey, est  ce que j’appelle un raisonnement par entonnoir : on part d’un sujet très vaste (la classe) pour petit à petit cibler l’information (les subdivisions).

Le documentaire Les oranges de mon verger sera ainsi classifié :

Classe 600 – (Technologie ( sciences appliquées))

Subdivision 630 – Agriculture et techniques connexes

634 – Vergers, fruits, forêts. Arboriculture

634.3 – Agrumes. Moracées.

Plus votre bibliothèque sera grande (aura beaucoup de documents) et plus il y aura d’intérêt à peaufiner votre classification : la BNF n’aura pas les mêmes besoins que la bibliothèque municipale de Trifouilly-Les-Oies.

Les oranges du verger du Tsar Nicolas II est un ouvrage sur l’agriculture certes, mais vous pourrez plus facilement renseigner le « docteur-es-vergers » si vous avez précisé – grâces aux tables de la CDD – la période historique (XIXème) et la localisation géographique (Russie) dont traite le document.

Si vous n’avez qu’un seul documentaire sur les agrumes, inutile d’apporter plus de précisions : 634.3, c’est déjà très bien.

Il existe bien sur d’autres systèmes de classification… la CDU par exemple… mais ceci est une autre histoire…

« Et demain, je te raconte l’histoire du bibliothécaire qui exploitait une CDD dans un CDI… »

 

Questions de lecteurs : Bonjour, je cherche un livre. Je ne sais plus le titre, ni l’auteur. Mais il était bleu. Ou peut être rouge.

Question n° 156 de Mirza Soleil, 78 ans : Bonjour, je cherche un livre. Je ne sais plus le titre, ni l’auteur. Mais il était bleu, ou peut être rouge…

Abracadabra, votre bibliothécaire apparaît dans un nuage de fumée. *Pouf* « Bonjour madame, alors vous cherchez un livre ? Ça tombe bien, vous êtes dans une bibliothèque.  Ah, vous n’avez ni titre, ni auteur ? Prenez un siège, ça risque d’être long. »

Mais pourquoi long ?

Pour comprendre cela, il faut savoir comment les livres (et autres documents) sont répertoriés dans votre bibliothèque et plonger dans les abîmes du…. CATALOGAGE…

Mais qu’est ce que c’est ENCORE que ça ? Et bien c’est, tout simplement, la description du document que vous avez entre les mains : est-ce un livre, un DVD, une chaussette, une tablette ? Combien de pages y-a-t-il ? Qui l’a écrit, réalisé, composé ou illustré ? En quelle année ? … et tant d’autres questions que vous vous posez !

La paire que vous aviez accidentellement perdue la dernière fois à la bibliothèque a, en réalité, été cataloguée par un bibliothécaire cleptomane. Félicitation.

Il y a quelques années, chaque livre avait le droit à sa petite fiche papier qui contenait les informations utiles : titre, auteur, éditeur, date d’édition, pagination…

Exemple d’une fiche des années 1990 trouvée dans un des romans que je dois encore informatiser.

Ces petites fiches étaient classées dans des meubles très spéciaux (vendus très cher aujourd’hui sur les sites de vente en ligne) avec tout un tas de petits tiroirs trop mignons.

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Aujourd’hui, la plupart des bibliothèques ont découvert les joies de l’informatique. Les petites fiches papiers sont devenues numériques, avec tout un tas de champs incompréhensibles pour la majorité des humains.

Page de formules diaboliques arrachée à un site mystérieux de la secte BNF – vulgairement appelée « notice ».

Des nombres, des $dollars$, des codes énigmatiques… tout correspond en fait à des données précises : des informations sur votre livre. Les bibliothécaires appellent cette mise en page étrange le format UNIMARC.

Regardez par exemple le champ 200 de votre notice : il s’agit des « titre et mention de responsabilité ». Le sous-champ 200 $a s’applique au titre de votre  document. Le $f à l’auteur.  Et ainsi de suite…

Voilà donc à quoi ressemble, pour un bibliothécaire, la fiche numérique de votre livre. Bien sûr, une fois mises en page, vous ne verrez plus toutes ces informations sur le catalogue.

Petit à petit, le format UNIMARC évolue. A terme, sa forme actuelle est vouée à être remplacée par un modèle (le FRBR, appelé aussi éfèrbéhèr ou Freubreu) plus adaptable aux moteurs de recherche type Gougle ou Bong.

Revenons à votre livre perdu : l’ordinateur va chercher les informations contenues dans cette notice. Or regardez bien : le détail de la couverture n’est mentionné nulle part ! Cela viendra probablement un jour, mais pour l’heure, les logiciels des bibliothèques sont incapables de retrouver un document par leur jaquette ou leur première de couverture.

(En fait, techniquement, ça serait possible. Il suffirait à chaque catalogage de remplir un champs spécifique « couleur » soit en toutes lettres avec un menu contrôlé, soit en sélectionnant directement une image couleur (menu contrôlé aussi) puis tout serait une question de mise en page.)

Cela viendra, cela viendra.

La couverture du Gabalda de 2017 : plutôt « Bleu pétrole sous un ciel printanier », « Bleu smalt dans un verre de whisky » ou « Bleu barbeau hypnotisant si vous louchez un peu » ?

ATTENDEZ ! Ne partez pas ! Tout n’est pas perdu, nous pouvons peut-être encore reconstituer le puzzle : décrivez précisément la couverture. Connaissez-vous le synopsis du document ? Plutôt fiction ou documentaire ? Est-ce une nouveauté ou un ancien titre ? Vous en avez entendu parlé dans une critique (radio, télé, papier) récente ?

Votre bibliothécaire va faire travailler ses méninges (et celles de ses collègues) ou va solliciter un moteur de recherche pour essayer de trouver votre livre.

Malheureusement, si les informations que vous apportez ne sont pas suffisantes, il peut arriver de ne jamais retrouver le titre que vous recherchez. En 2015, le ministère de la communication et de la culture publiait les chiffres clefs du secteur du livre (de 2014). Rendez-vous compte : cette année là plus de 80.250 titres ont été produits ! Le vôtre est peut-être un de ceux là.

Ou pas.



J’ignore si vous êtes prête pour cela, mais il existe une ultime solution pour retrouver votre livre… Une solution aussi effrayante que maléfique…

Et cette solution se trouve auprès de votre Bibliothécaire Patrimonial (Oui, celui-là même qu’on a achevé la dernière fois). Flattez un peu son encolure, complimentez-le sur la soyeuseté de son poil et la douceur du dernier incunable acquis, puis demandez-lui de vous trouver quelques ouvrages sur…

La Bibliomancie.

(prononcer avec une voix gutturale ou écrire en lettres de sang)

Et oui puisqu’internet et le cerveau de votre conseiller habituel n’ont pas pu résoudre le problème du livre à couverture rouge (ou bleue), il ne reste que la divination. Et quoi de mieux qu’une bibliothèque pour pratiquer la bibliomancie ?

Sous le court titre de Dictionnaire infernal : répertoire universel des êtres, des personnages, des livres, des faits et des choses qui tiennent aux esprits, aux démons, aux sorciers, au commerce de l’enfer, aux divinations, aux maléfices, à la cabale et aux autres sciences occultes, aux prodiges, aux impostures, aux superstitions diverses et aux pronostics, aux faits actuels du spiritisme et généralement à toutes les fausses croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles, l’auteur J. Collin De Plancy expliquait dans son édition de 1863 la bibliomancie :

Divination ou sorte d'épreuve employée autrefois pour reconnaître les sorciers. Elle consistait à mettre dans un des cotés d'une balance la personne soupçonnée de magie, et dans l'autre la bible ; si la personne pesait moins, elle était innocente ; si elle pesait plus, elle était jugée coupable : ce qui ne manquait guère d'arriver, car bien peu d'in-folio pèsent un sorcier. On consultait encore la destinée ou le sort en ouvrant la Bible avec une épingle d'or, et en tirant présage du premier mot qui se présentait.
Technique proche de la bibliomancie, les Monty Python pratiquaient la canardomancie.

On peut facilement rattacher la bibliomancie aux Sorts Homériques.

I. Bodin Angevin en parle d’ailleurs très bien en 1580 dans son ouvrage « De la démonomanie des sorciers »

Lunier, en 1805, résumera ainsi dans le volume 2 de son Dictionnaire des sciences et des arts :

C'étoient des divinations, par lesquelles on croyoit que le vers qui se rencontroit à l'ouverture des poësies d'Homère, étoit une réponse précise à la question qu'on agitoit.

Bref, aujourd’hui, la Bibliomancie consiste à tirer de la lecture d’un passage choisi au hasard une prédiction ou une décision.

L’occasion de demander le titre (et la localisation) de cet ouvrage mystérieux que vous cherchez, n’est-ce pas  !

Parce que si les bibliothécaires sont un peu des sorciers, les livres ont, eux aussi, quelque chose de magique.

Coup de chance (ou coup du sort) voilà justement un roman de David Brin sur mon bureau. En l’ouvrant au pif avec une épingle d’or une douchette, voici le résultat : « C’est mauvais signe, n’est ce pas ? » (T1, p.145)

Pour l’interprétation, je vous laisse seule juge. Mais ne restons pas sur un propos négatif : je vous propose de réessayer, parce que bon, tout le monde sait que si les bibliothécaires sont capables de retrouver des livres perdus, ils sont aussi capables de dévier le destin.

Je change donc discrètement de bouquin histoire de mettre toutes les chances de mon côté pour « dévier le destin » et j’ouvre le nouveau livre à une page lambda.

(T2, p.209) « J’étais dans l’erreur ».

(Opération réalisée sans budget et sans trucage)

Bon.

Alors à un moment, madame Soleil, j’ai envie de vous dire, bibliothécaire ou pas, quand ça veut pas, ça veut pas.

Votre bibliothécaire Willy vous l’annonce officiellement : il ne retrouvera pas votre livre.