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Questions de lecteurs : Où il va, le livre, après ?

Question n°55 de Syllo Gomane, 55 ans – Où il va, le livre, après ? 

Mais après quoi exactement ?

Depuis la nuit des temps (si, si…) il existe un furieux combat entre le bibliothécaire et l’usager. Peut-être n’en avez vous jamais entendu parler, je vais donc me faire un plaisir de vous éclairer, pour que vous puissiez, à votre tour, prendre les armes.

Le lecteur (vous) venant d’apprendre que son bibliothécaire Charles pilonnait les documents.

Les français ont un rapport assez privilégié avec les livres qu’ils considèrent presque comme des objets saints. Mais même plus largement : une bonne douzaine de pays ont instauré le prix unique du livre, preuve si il en est que l’on souhaite soutenir le marché du livre.

Quelques idées reçues, en vrac :

  • Si on jette des livres, n’est-ce pas pour privilégier la télé et ses émissions crétines ?
  • Les livres rendent intelligent.
  • Un homme ou une femme avec un livre, n’a t-il pas ce petit coté sexy/intelligent/cultivé qui ferait craquer n’importe qui ?
  • Les dinosaures ne lisaient pas, on a bien vu ce qu’il s’est passé. 
  • Et puis, ne sont-ce pas les dictateurs qui réalisent des autodafés ?
André, apprenti bibliothécaire-dictateur, préparant son barbecue.

Alors attention aux âmes sensibles, dans cet article, on va associer les mots livre et poubelle. Vous voilà prévenu.

Je crois que pour que vous compreniez bien tous les enjeux, il faut que je vous raconte la merveilleuse histoire du circuit du livre en bibliothèque… Attention, générique !

Tout commence par ce que les bibliothécaires appellent « l’acquisition », c’est à dire l’achat d’un document auprès d’une librairie ou d’un autre fournisseur.

-> Une fois le document livré, commence pour lui toute une série d’aventures : il est tout d’abord catalogué : cela signifie qu’une fiche est créée spécialement pour lui dans l’ordinateur. Cette fiche va renseigner son ptit nom, son poids, son âge, sa taille, l’identité de ses parents…

-> Puis on l’exemplarise : on lui trouve un logement – un adresse – dans la bibliothèque. (Ex. Dans le placard sous l’escalier) Son adresse est placée sur son dos et s’appelle la « cote ».

Le travail numérique achevé, il est temps de passer au travail… physique…

-> L’estampillage, c’est lorsque les bibliothécaires mettent un coup de tampon sur leurs documents. C’est comme une puce/un tatouage sur votre animal de compagnie : le bibliothécaire signifie -> Ce document appartient à NOTRE bibliothèque.

René, votre bibliothécaire spécialisé dans l’estampillage

-> Puis il passe à l’équipement : il va être choyé, recollé, couvert, protégé, rigidifié, étiqueté…

-> Le document sera par la suite mis en rayon pour que des lecteurs avisés découvrent sa beauté intérieure.

Le temps passe… et arrive ce qui doit arriver : notre livre vieillit.

Ses pages jaunissent, se déchirent, sa couverture se corne, la colle se craquelle, on peut retrouver les restes des petits-déjeuners de mme Groinfreau des pages 20 à 45…

Il y a alors plusieurs solutions :

  • On l’envoie à l’hôpital où des chirurgiens pourront peut-être nous le retaper et lui rendre un nouvelle jeunesse.
  • On l’envoie en maison de retraite, avec l’accord du Maire de la ville – car n’oublions pas qu’il s’agit d’un bien public, où il coulera encore quelques jours heureux auprès d’un autre public : une association par exemple ou un autre service de la ville (centre de loisir, école…)
  • On en fait de la récup’ (livres hérissons, sapin de noël, cale meuble…) 
Ichimaru, bibliothécaire en période post-apo.
  • On l’envoie au cimetière des livres oubliés (le pilon = la poubelle).

« MAIS POURQUOI FAITES-VOUS CA ? C’EST MAAAAAL DE JETER DES LIVRES ! VOUS SEREZ MAUDITS SUR MILLE GENERATIONS ! » devez-vous vous écrier, indigné et en capslock.

Répond votre bibliothécaire

Et bien il y a de nombreuses raisons de se débarrasser d’un document. Les bibliothécaires se basent sur plusieurs critères qu’ils appellent : IOUPI. Loin d’être un cri de joie (vous avez déjà vu un bibliothécaire joyeux, vous ?), chaque lettre correspond en réalité à un critère bien spécifique.

I pour incorrect : le document contiendra des erreurs, des imprécisions ou pire, des fausses informations. Vous savez du genre : « Michael Jackson est toujours vivant sur une île », « on peut scotcher les livres », « la terre est ronde » (comment !? on m’aurait menti ?!)…

O pour ordinaire : ce document là, on en a mille à la bibliothèque. Il est vraiment trop superficiel et pas franchement génial. Et les bibliothécaires, eux, ils aiment ce qu’il y a dans la tête des livres, pas (que) leur physique.

U pour usé : Je vous ai déjà raconté l’histoire de ce lecteur qui avait éternué en lisant ? (Pssst, c’est par ici)

P pour périmé : Quoi ? l’Alsace n’appartient plus à l’Allemagne ? Fichtre ! Mais rassurez-moi, la Lettonie fait toujours partie de l’URSS ?

I inadéquat : Un recueil pour améliorer votre pingouin courant par exemple, alors que soyons honnête : aucun pingouin ne fréquente votre bibliothèque… (Si c’est pas malheureux)

Il existe bien entendu d’autres critères pour compléter cette liste : le taux de rotation du document, le nombre de documents sur le même sujet que la bibliothèque possède déjà, l’intérêt du sujet (car malgré tout ce que l’on aura pu vous dire, tous les livres n’ont pas la même qualité de contenu)…

Mais pourquoi ne pas garder ces documents ?

Le lecteur en phase « dépression post-pilon »

Pour plusieurs raisons :

  • La première, vous l’avez vu dans les critères ci-dessus, c’est le IOUPI : zb, le livre est abîmé et l’envoyer se faire réparer coûterait plus cher que de recouvrir le plancher de feuilles d’or.
  • Ou encore, le livre contient de fausses informations. En général, les lecteurs cherchent des documents fiables.
  • Les bibliothécaires ne peuvent pas repousser les murs de leur établissement et des choix s’imposent : ils pourront garder les vieux livres mais vous ne pourrez alors plus avoir de nouveautés.
  • Le document n’intéresse personne. Il avait été relevé que les critères d’achat d’un livre étaient les suivants, dans l’ordre :
    • la couverture,
    • la quatrième de couverture (avec son résumé),
    • les avis des autres lecteurs.

On pourra dire ce que l’on veut, le principal critère de sélection pour le lecteur est bien le physique… Ainsi, il existe de fantastiques romans qui ne seront jamais empruntés car ils sont juste moches. C’est la sélection naturelle, m’voyez. (Heureusement qu’il existe des gens pour conseiller 😉 )

Ce livre finira à la poubelle parce que VOUS n’avez pas voulu l’emprunter. Mais à part ça, je ne voudrais pas vous faire culpabiliser. N’a-t-il pas l’air triste ? Cette façon de tourner doucement ces pages craquantes qui semble vous dire : « mais pourquoi n’as tu pas voulu de moi ? » Mais à part ça, vraiment, je ne voudrais pas vous faire culpabiliser.

Un livre est fait pour être lu et partagé, mais ne déprimez pas trop pour les autres : ils seront, pour la grande majorité, recyclés. Certes pas en livres, mais en tout un tas d’autres trucs sympa : papier ondulé, carton plat, papier hygiénique, papier journal…

Bref, c’est le cycle du livre…


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Anecdote ma foi fort distrayante : Un jour, une dame (93 ans et toutes ses dents) vient me voir pour me proposer des dons. Méfiant (c’est qu’on est habitué par ici), je réponds que je ne prends que les livres récents. Réponse de ma petite grand-mère : « Oh, mais oui bien sur ! Mes livres sont neufs ! Ils appartenaient à ma mère ! » Comportement à adopter :

  • Simuler un malaise
  • Renverser « malencontreusement » son café sur son unité centrale
  • Partir dans une explication philosophique du concept de « nouveauté », comparer votre bibliothèque à une super-nova, refourguer votre petite vieille à votre collègue le plus honni puis partir, tête haute vers votre bureau.


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Pour prolonger ce moment avec un article/témoignage très sérieux et fort en émotion, c’est par ici.

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Question de lecteurs : Moi aussi je voudrais devenir archiviste. Euh… documentaliste. Ha non, c’était quoi déjà ? – (Chapitre 2) L’archiviste

Question n° 542.2 de  Aimale Amdessidé, 18 ans – Moi aussi je voudrais devenir archiviste. Euh… documentaliste. Ha non, c’était quoi déjà ? 

Bonjour Aimale, tout dépend de ce que vous souhaitez faire : bibliothécaire, documentaliste, archiviste… ce sont des métiers très différents. Un peu comme une famille de rapaces (oui, on a les comparaisons qu’on mérite) : pygargues, aigles, buses… ce sont tous des emplumés mais ils se vexeraient fortement si vous les confondiez.

Aujourd’hui parlons de…

L’archiviste

Bon, je l’avoue, les archives je n’y connais rien. Je suis bibliothécaire, je ne fréquente pas ces gens là. (D’ailleurs, pour plus de crédibilité dans mon discours, faites moi penser à supprimer de mon répertoire téléphonique les numéros de ceux avec qui j’allais en soirée l’année dernière. Je vous rassure, je ne les vois plus du tout aujourd’hui.)

Pour moi les archives sont des locaux sous-terrains, sombres et bordéliques, où des piles de feuilles A4 poussiéreuses s’entassent, rempilées de temps en temps par des mecs maigrichons à l’air dépressif – ceux là même qu’on appelle les archivistes. (Aller ! Je SAIS que vous pensez pareil !)

Nouvelle méthode de classement des documents expérimentée par l’archiviste de votre ville.

J’ai donc soudoyé un ancien archiviste des archives publiques pour qu’il me parle un peu de son ex. (job).

D’un point de vue totalement personnel, je pense que les archivistes sont des créatures pures et généreuses car celui-là m’a livré des informations sans aucune contre-partie ni chantage. (Mais de quoi se nourrissent-ils ?!) Note pour plus tard : penser à ne jamais embaucher un archiviste lors de missions d’infiltration ou en tant qu’agent secret.

LE RAPPORT DE HIHNECK :

Voici en cinq points ce qu’il faut savoir sur les archivistes

N°1 – Répondons tout d’abord à une question cruciale : mais que fait -il de ses journées (à part compter les moutons de poussière) ?

Et bien, aussi surprenant que cela puisse être, l’archiviste est responsable des archives. Il traite des informations de tous types : des matrices cadastrales (reposez ce verre de whisky, je vous prie !) aux photographies anciennes.

La minute Jean-Eude : la matrice cadastrale, c'est un document qui mentionne, pour chaque propriétaire, les diverses propriétés qu'il possède sur le territoire communal.

Avant de les mettre à la disposition du public, notre archiviste évalue, collecte, classe et conserve des documents qui ont une importance juridique, historique ou scientifique. Ça peut aussi bien être des documents papiers que numériques. Des bidules textuels (textuels avec un T, s’il vous plait) ou audiovisuels de toutes les époques !

Votre archiviste découvre une nouvelle méthode optimale de rangement

N°2 L’archiviste et le 3, une grande histoire (d’amour ?)

Bien entendu, je ne vous apprends rien si je vous dit que les archivistes on une sorte de fascination malsaine pour le chiffre 3. On raconte d’ailleurs, en numérologie, que ce chiffre est lié à la vanité, l’arrogance et la dispersion, je dis ça…  Ou alors, on pense aux trois moires Clotho, Lachésis et Atropos… Ou encore à la trilogie chrétienne.

Et je ne veux pas enfoncer le clou dans la nuque de l’archiviste, mais n’est ce pas le 3 février 1468 que Johannes Gensfleisch meurt à Mayence ?

Bref, les archivistes ont le sens de la mise en scène et du grandiloquent.

Un sous-entendu ? Quel sous-entendu ?

Mais revenons à nos moutons ; J’ai vu le film pour ados Divergente récemment, alors je vais vous faire un parallèle intelligent ; les archivistes aiment mettre des choses dans des cases. On distingue trois périodes pour classer toute cette paperasse :

  • Ce qu’on considérera comme documents « anciens » (jusqu’à 1790).
  • Ceux du milieu, les modernes (de 1790 à 1940).
  • Et puis les petits derniers, les contemporains (à partir de 1940)

Comme c’est la crise un peu partout (jusqu’aux archives, c’est dire), les archives anciennes et modernes sont « fermées ». Seules les archives contemporaines peuvent encore accueillir des petits compagnons.

De même, on distingue trois âges pour classifier les archives :
  • Celui des archives courantes : ce sont les nouveaux nés. Des documents qui viennent d’être produits et qui sont encore utilisés.
  • Celui des archives intermédiaires qui concerne les documents sur lesquels on a travaillé (au passé), mais qui pourraient peut-être resservir d’ici peu (futur proche).
Scotty, spécialiste des archives intermédiaires qui pourront peut être re-servir un jour.
  • Et enfin, l’âge des archives définitives, ces vieux tromblons qu’on garde à tout jamais…

N°3 – L’archiviste est un original

Comme l’archiviste est un peu délicat, il n’accepte de travailler qu’avec des originaux. Ne confiez jamais vos papiers précieux à un archiviste bourré : vous prendriez le risque de ne jamais les revoir.

N°4 – L’archiviste a un code de déontologie ; c’est à dire, des règles de conduites à tenir pour obtenir le statut tant recherché de PPA (parfait petit archiviste).

Ce sont des trucs pas très marrant comme :

  • Maintenir l’intégrité des archives : l’archiviste ne pourra donc pas dessiner au feutre rouge des petits cœurs sur les actes de mariage qu’il doit archiver. Il ne peut pas non plus brûler quelques pages d’un gros dossier sous prétexte que ça ne rentre pas dans les boites de rangement…
  • Être incorruptible : il résiste à toute pression (et prouve donc qu’il existe), refuse la manipulation, la dissimulation ou déformation des faits et des documents. (Sauf si vous le payez en beignets, là, peut-être que…)
  • Être impartial : le véritable archiviste enverra aussi bien balader le grand père en quête de sa généalogie que le maire de sa commune. Bref, tout le monde peut avoir accès aux archives. Tout le monde ou personne. Non mais !
  • Eviter de tirer illégalement de sa position des avantages : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, l’archiviste le sait. Il évitera donc tout chantage, tout trafic (agrafes, trombones…)ou encore toute revente de documents (non, vous ne pourrez pas racheter la matrice cadastrale qui vous fait de l’œil depuis longtemps, même si vous en avez très envie).
Puis-je demander à l’assistance un semblant de concentration ? Merci.

N°5 – L’archiviste parle un langage rien qu’à lui

Pour communiquer avec ses pairs, il n’a aucun soucis. Pour communiquer avec le reste du monde, c’est tout de suite plus compliqué.

Quelques exemples aberrants :

  • Ce que vous appelez « le catalogue » devient pour un archiviste un « instrument de recherche » ou un « répertoire numérique détaillé »…
  • Les archives anciennes entrent dans un « cadre de classement » : bref, c’est juste un terme pompeux pour dire que les archives sont classées par thèmes ou par périodes historiques. (C’est un peu la Dewey des bibliothèques !)
  • Pour indexer les documents contemporains, l’archiviste utilise un thésaurus W.  Chaque document a son numéro : les 2033W par exemple, intégreront les permis de construire de 1940 à 2000. 257W concernera l’urbanisme…  Faut-il comprendre par là que tous les archivistes ont une malformation dans l’aire de Broca de leur cortex ? Probablement, oui.  Cependant, à Des chiffres et des lettres, ils gèrent grave.
Le conseil du jour : vous pouvez essayer de communiquer avec un archiviste en lui assénant des séries de W : W5, W68, W199... en espérant que ce ne soient pas des insultes ou pire : la combinaison gagnante de sa dernière partie de bataille navale !

Questions de lecteurs : Moi aussi je voudrais devenir archiviste. Euh… documentaliste. Ha non, c’était quoi déjà ? – (Chapitre 1) Le bibliothécaire

Question n° 542.1 de  Aimale Amdessidé, 18 ans – Moi aussi je voudrais devenir archiviste. Euh… documentaliste. Ha non, c’était quoi déjà ?

Bonjour Aimale, tout dépend de ce que vous souhaitez faire : bibliothécaire, documentaliste, archiviste… ce sont des métiers très différents. Un peu comme une famille de rapaces (oui, on a les comparaisons qu’on mérite) : pygargues, aigles, buses… ce sont tous des emplumés mais ils se vexeraient fortement si vous les confondiez.

Le bibliothécaire, l’archiviste et le documentaliste, trois entités bien distinctes

Commençons par le plus simple, aujourd’hui parlons du…

Bibliothécaire

Bibliothécaire certes, mais quel bibliothécaire ? Municipal, universitaire, départemental, patrimonial, dans le privé… en secteur adulte, en secteur jeunesse, en ZUS, en campagne, de Paris ou en centre ville… ?

C’est pas bientôt fini non ?

Voilà, c’est ça : le métier de bibliothécaire est en réalité une arborescence géante et leurs missions varient en fonction du lieu, du public, des collections…


Le bibliothécaire municipal

Il s’occupe des fonds et accueille les publics de la bibliothèque municipale. Il peut aussi bien acheter des livres, que des jeux-vidéo, des CD (-rom), des DVD, des jeux de société, des machins numériques et plein d’autres trucs. (Les discothécaires et vidéothécaires entrent là dedans, n’essayez pas de vous cacher !) Son patron est le maire : il est donc un rouage de la fonction publique territoriale. (Pour plus d’infos, voir la réponse à la question n°09 et à la n°404)

Le bibliothécaire adulte 

C’est quelqu’un de sérieux. Sinon pourquoi l’appellerait-on bibliothécaire ADULTE ? Il fréquente des adultes sérieux, boit du café serré, fait des blagues sérieuses et propose des animations sérieuses autour de livres sérieux (et plus si affinité). (Qui a dit : « Il est un peu chiant » ?!)

Il aime soigner son public en lui achetant des documents adaptés, en lui proposant de la médiation autour de tout un tas de sujets (conférences, ateliers, rencontres, club lecture…), en entretenant ses fonds avec amour et persévérance histoire de pouvoir au mieux conseiller le lecteur exigeant (vous).

La reine Victoria dirait : « Ur librairian is NOT amused »…

Le bibliothécaire jeunesse

Lui, il aime la bave et les substances non identifiées. Il passe son temps dans un monde de licornes, d’arcs-en-ciel et de poneys et jongle entre les acquisitions de documents et les animations auprès des classes et des crèches.

Vous le verrez toujours courir à droite et à gauche à la recherche d’un instrument de musique, d’un tube en mousse ou d’un tapis ridicule. Il aura souvent dans ses poches des feutres, des livres-hérisson et des gommettes  (parce que c’est rigolo, les gommettes) et communiquera uniquement par jeux de doigts ou comptines…

Bref, il fait le même boulot que le bibliothécaire adulte… mais pour les enfants.

Les bibliothécaires de Paris 

Un espèce endémique : ils sont un peu à part puisqu’ils ont leur propre concours. Mais sinon, ce sont des gens comme vous et moi. (Laissez-les au moins croire ça, bon sang !)

Le bibliothécaire patrimonial 

Une espèce rare : là c’est plus compliqué… ça fait quoi un bibliothécaire patrimonial exactement ? Vous allez rire, j’en ai justement un qui traîne dans le coin. (« Noooon ?! » s’exclame la foule étonnée) Comme il est un peu farouche, il faut y aller en douceur… prenons nos jumelles, un peu de pain pour l’amadouer et observons le un instant.

Le bibliothécaire patrimonial vous dira deux choses importantes :

La première : il est surbooké.

La seconde : il n’a pas assez de budget.

« Sivouplai Madame ! Pour mon incunable qui est malade ! »

Faites semblant de le croire, compatissez un peu sinon il s’envolera loin de vous d’un air outré et vous ne pourrez plus vous en approcher.

Son credo c’est « conservation, conservation, conservation ». Il aime les vieux bouquins, surtout ceux qui coûtent cher. Les feuilles d’or, l’encre précieuse et le papier hors de prix (voir la peau de bête !). Bref, le bibliothécaire patrimonial n’est pas un rapace, c’est une pie.

Il peut s’occuper de fonds différents :

  • Les monographies, qu’on divise en deux camps : les manuscrits qui sont les livres écrits à la main. Avant le XVème (l’imprimerie) les bouquins étaient tous manuscrits mais on peut aussi trouver des manuscrits récents. Et les imprimés (qui sont donc des livres imprimés)
  • Le fonds iconographique : qui contient  cartes, estampes, plaques photographiques, photographies, diapositives, affiches, médailles…
  • Des objets : selon l’histoire de la ville, la bibliothèque peut être en charge d’objets…
  • Et puis il y a les fonds particuliers : une sorte de melting-pot de de ce que l’on a vu avant. En général, il s’agit d’un ensemble de documents qui se retrouve ensemble par un élément commun (bref, une collection d’un mec qui a eu une certaine notoriété/influence (et plus si affinité) dans le département ou la région.
Jean Michu, notable de la région, qui a légué à la bibliothèque sa collection de romans adultes du XVIIIème

 Le bibliothécaire départemental

Ça risque de vous épater, mais le bibliothécaire départemental dépend… du département (oui, je sais, toute cette connaissance sur ce site, ça en devient presque indécent).  Le public dont il s’occupe est un peu particulier puisqu’il s’agit majoritairement de… bibliothécaires ! C’est le bibliothécaire des bibliothécaires quoi (surtout dans les petits villages qui n’ont pas de budgets d’acquisition) et il sillonne les routes de campagne dans son bibliobus pour apporter paix, formations et documents à ses collègues.


Le bibliothécaire d’Etat

Il a passé son concours d’Etat et est donc payé par un des ministères (culture, enseignement sup…).

Le bibliothécaire de la BNF ou de la BPI

Probablement les deux sectes – localisées à Paris – les plus soutenues par les bibliothécaires. On raconte que les agents sont attachés 20 heures par jour à des tabourets inconfortables pour cataloguer des murs de documents. Il se murmure aussi que l’on photographie de force certains livres… Mais ce ne sont que des rumeurs : personne n’en est jamais revenu (ou du moins assez sain d’esprit) pour faire la lumière sur les pratiques dérangeantes de ces deux sociétés secrètes.

Le bibliothécaire de bibliothèque spécialisée

Il travaille en bibliothèque spécialisée. Ben oui, ça fait tout de suite plus classe en soirée d’être « spécialisé »…  En général il ne détaille pas trop, car cela signifie juste qu’il est dans un établissement (public ou privé) dont le fonds est consacré à un même champ de la connaissance ; par exemple dont les collections sont dédiées aux rouflaquettes.

Un bibliothécaire très investi dans son rôle

Le bibliothécaire universitaire

Pour le nostalgique des études : il dépend du ministère de Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (donc de l’Etat). Il fait globalement les mêmes choses qu’un bibliothécaire municipal, mais ses publics sont des étudiants et des profs/chercheurs. Son fonds quant à lui est majoritairement constitué de documentaires chiants indigestes soporifiques destinés à élever l’esprit de nos chers étudiants ou permettre aux enseignants de compléter leurs cours.


Le bibliothécaire privé

Votre dernier Musso a disparu et une lettre de rançon de deux euros cinquante est arrivée ce matin par la poste ? Inutile de contacter le bibliothécaire privé pour cette odieuse affaire, car en réalité, c’est juste un bibliothécaire qui bosse dans le privé.

Dans une entreprise privée…

Mib
Le BIB : bibliothécaire in black (uniforme non obligatoire)

Le stagiaire bibliothécaire

Ça tombe bien, j’en ai justement un sous les yeux. Une espèce intéressante à observer. Il a surement des trucs à faire (des missions, un mémoire, du café…), mais vous le voyez errer avec désespoir entre les rayonnages à  la recherche d’un but (à sa vie ?) …

 

Article certifié 100% véridique.

Question de lecteurs : J’ai lu dans un magazine que les bibliothécaires pouvaient aussi bulletiner… moi qui croyais que seules les abeilles étaient capables de ça !

Question n°357 de Maya Labbeil, 16 ans – J’ai lu dans un magazine que les bibliothécaires pouvaient aussi bulletiner… moi qui croyais que seules les abeilles étaient capables de ça… ce monde est vraiment fascinant !Bonjour Maya, je sais bien que l’été est là, mais êtes vous bien certaine de ne pas confondre bulletinage et butinage ?

Le bulletinage consiste à pointer des fascicules de périodiques.

Voici la définition donnée par l’association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) :
« Enregistrement régulier des livraisons d’une publication en série, au fur et à mesure de leur arrivée dans un service, permettant de connaître l’état de la collection. « 

Si on décrypte le schmilblick :

  • Enregistrement régulier, ça signifie que que votre bibliothécaire va les bipper (et plus si affinité) sur son logiciel de bibliothèque.
  • Une publication en série, c’est vos périodiques.
  • Les périodiques, c’est les revues et les journaux.
  • L’état de la collection, c’est savoir ce qu’on a reçu et ce qu’on a pas reçu.

Bip bip bip le traducteur de l’infra-monde vous reformule ça :

Le bulletinage, c’est quand votre bibliothécaire va entrer sur son ordinateur les magazines et les journaux que la factrice vient d’apporter et auxquels la bibliothèque est abonnée, pour que vous puissiez, par la suite, les emprunter et faire les mots-croisés discretos.

En plus c’est cool car ça permet à la bibliothèque de savoir si elle se fait carotte par les éditeurs qui « oublieraient malencontreusement » de livrer les revues.

Navrée Maya, mais si les bibliothécaires savaient récolter le pollen et fabriquer du miel, les bibliothèques seraient en fait de gigantesques mielothèques et les étagères probablement de grosses alvéoles en cire…

Les bibliothécaires communiqueraient entre eux en dansant et en remuant plus ou moins vite les bras.

Notre responsable de bibliothèque serait la Reine-Mère et elle pondrait régulièrement des larves de bibliothécaires…

Je… et si on s’arrêtait là ?

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Votre bibliothécaire, une fois que le DAC a approuvé les nouveaux uniformes « originaux », « jeunes » et « swags » proposés par le responsable comm’ de votre commune.

Questions de lecteurs : le programme d’une bibliothécaire pour occuper les enfants

Question n°59 de Térésa M.Quel est le programme d’une bibliothécaire pour occuper les enfants ?

On pense tous qu’un bibliothécaire est un humain comme les autres : qu’il se lève le matin avec une haleine de poney, prend son petit déjeuner, va se laver, s’habiller et s’enfuit d’un pas gracile et soyeux travailler.

La vérité, Térésa, est ailleurs.

Car le bibliothécaire est une créature perturbée, obnubilée. Voilà pourquoi il se plie quotidiennement à un programme strict. Un programme pour occuper les enfants…

Votre bibliothécaire, décontracté, se préparant à son prochain accueil

Tout commence alors que la bibliothèque est fermée au public… De l’extérieur, les lumières semblent éteintes… pourtant… pourtant c’est bel et bien dans ces lieux terrifiants que vont se jouer les minutes les plus abominables de l’existence du bibliothécaire.

Plaque d’eczéma n°1 : les accueils de classes

-> Des accueils à la chaîne durant lesquels vous êtes interrogés si minutieusement que vous préféreriez que ce soit Gibbs (du NCIS) lui même qui mène l’interrogatoire :

  • Tu te souviens c’est quoi mon nom ? (Non.)
  • C’est quoi le livre que j’avais pris la dernière fois qu’il était trop bien ? (Je sais pas.)
  • Pourquoi tu comptes pas TOUS les livres qu’il y a dans ta bibliothèque ? (Car je sais déléguer ce genre de tâche ; Tu comprendras quand tu seras en CP.)
  • Mais pourquoi y a une fenêtre là et pas là ? (Le cœur de l’architecte  municipal est insondable…)
  • Et si je déchire une page en l’ayant un peu fait exprès y va se passer quoi ? (Je te balance par la fenêtre qu’il n’y a pas là.)
  • T’as vu que je peux ramper dessous le meuble ? (Et sinon, la maîtresse, elle repart quand ?)
Votre bibliothécaire connait 154 techniques différentes pour rester zen en toute situation.

Plaque d’eczéma n°2 : le projet scolaire

-> Vous aviez lancé, comme ça, sans penser aux conséquences, une vague idée de rencontre d’auteur avec une classe [ou insérez ici toute autre animation]… Le prof a été ravi que vous souhaitiez vous occuper de ses enfants. Vous un peu moins.

Un enseignant enchanté de vous accompagner dans ce partenariat

Plaque d’eczéma n°3 : les accueils en crèche

-> Mais pourquoi, pourquoi donc, vous êtes vous douché avant de venir ?

Plaque d’eczéma n°4 : Le service public pré-bac

-> Le bac approche, cauchemar des bibliothécaires. Des hordes d’étudiants qui cherchent à booster leur cerveau (*cerrrrrveauuuu*) envahissent plus ou moins bruyamment (plus que moins d’ailleurs) le moindre recoin de votre (ex) paisible bibliothèque (Le seul moment où vous les voyez d’ailleurs). Musique, braillements au téléphone, chips et sodas, ils vous sortent l’intégrale, juste pour vous séduire.

Scène pré-bac : ados tentant d’obtenir une place en salle d’étude…

Plaque d’eczéma n°5 : Le service public tout court

-> Où ces charmants enfants, balancés de l’ouverture à la fermeture dans votre structure avec leur petits frères/petites sœurs à garder – parce que bon, on va quand même pas les surveiller à la maison – monopolisent votre attention non stop… de 10h à 18h30…

Un bibliothécaire (un peu trop) confiant.

Puis vient l’heure de la fermeture :

Votre bibliothécaire à 18h30

 

En vérité, Térésa, les bibliothécaires adoooorent travailler avec les enfants. Pourquoi ? C’est simple, car ils peuvent TOUT faire avec ce public. Un rien peut devenir une animation, un sujet de discussion ou un projet élaboré. On peut sérieusement parler de baleines dans des arbres ou de loups végétariens… Sans compter qu’on peut plus facilement trouver masse de partenaires plus ou moins emballés.

Mais il ne s’agit pas seulement d’occuper les enfants : définissez au préalable quelques objectifs intéressants pour eux, comme pour vous. Qui souhaitez-vous toucher ? Les mater n’auront pas les mêmes besoins que les collégiens. Combien de temps avez vous devant vous et de quel matériel disposez-vous ??…

Bref, faites comme James Bond, évaluez la situation !

Et si vous manquez d’inspiration, je connais un site qui propose quelques idées… Attendez que je me souvienne… ça commence par « Infra » je crois… 😉

Mais de là à en faire un programme, n’exagérons pas. Laissons aussi la place à nos envies, notre ressenti : vous aviez prévu un parcours découverte mais les enfants ont autant de motivation qu’une limace face à un lion ? Changer votre marteau de main et proposez un atelier livres-hérisson ! (bon, si vous avez fait de la comm’ dessus au préalable, ça sera plus compliqué.)

Mais n’oubliez pas, comme avec tous les publics, il y a des hauts et des bas. Des jours avec et des jours sans.

Plus qu’à trouver comment occuper les adultes maintenant…

Votre bibliothécaire, piégé dans un remake de l' »Histoire sans fin »