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Questions de lecteurs : Ma bibliothécaire me parle toujours de « Diouais ». C’est son crush du moment ou quoi ?

Question n°69 de Nellie Oleson, 13 ans 1/2 : Ma bibliothécaire me parle toujours de « Diouais ». C’est son crush du moment ou quoi ?

Bon, n’en faites pas trop non plus

Son « crush » ? Mais absolument Nellie ! Et ça fait un bon bout de temps qu’elle en parle, croyez-moi !  Mais que voulez-vous, elle n’ose pas lui dire ce qu’elle ressent. D’ailleurs personne n’arrive à se mettre d’accord sur ce prénom ; vous entendrez de tout : « Dis Ouais », « Diou Ouais » « Doux i » ou encore « Doux Oui »… Mais cela s’écrit Dewey (Melvil de son ptit nom) et il est peu de dire qu’il s’agit du bibliothécaire le plus populaire de tous les temps.

« Mais c’est qui ce mec chelou à la fin bordel ? » devez-vous vous demander avec empressement.  Ce jeune américain – qui fait tant fantasmer les bibliothécaires – est né en 1851 et a révolutionné le système de classement des documents en bibliothèque.

Mais matez-moi ce pur beau gosse soooo 1800 !

A l’âge de 25 ans il propose, dans sa Classification and Subject Index for Cataloguing and Arranging the Books and Pamphlets of a Library (que nous renommerons CDD pour des raisons évidentes que je ne citerai donc pas ici, histoire d’éviter un pavé-monologue qui nuirait à la compréhension de l’explication que vous avez commencé à lire dans cet article de l’Infra-Monde – qu’est ce que je disais déjà ?),  un système de classement des documents s’appuyant sur des classes, des divisions et des sections.

On raconte que si vous répétez 3 fois « Beetle Dewey » en vous regardant dans une glace un soir de pleine lune, il se passera des choses étranges dans le bureau de votre DAC le lendemain.

Ce système compte 10 classes, 100 divisions et 1000 sections. Aujourd’hui encore, ce document est régulièrement mis à jour et complété par la OCLC – une coopérative mondiale de bibliothèques fondée en 1967.

On peut même compter plusieurs éditions différentes en France :

  • La complète qui comprend 4 énooormes pavetons
  • L’abrégée qui ne comprend, elle, qu’un seul énooorme paveton
  • La méga abrégée qui est celle dont on se sert régulièrement en bibliothèque.

Alors vous comprenez bien que Dewey, du fin fond de sa tombe, il peut se la péter grave : en plus de faire bosser des gens même après sa mort, son oeuvre est traduite dans tout un tas de langues et c’est le système de classification le plus utilisé dans le monde ! (DANS LE MONDE)

Bon, c’est bien beau tout ça, mais on parle de « classes » de « divisions » de « tables », de « sections »…  sérieusement, c’est quoi ce bazar ? Y-a t-il VRAIMENT quelqu’un qui y comprend quelque chose ?

Grace à la CDD, les bibliothécaires vont pouvoir classer les livres par sujets. Il sera alors plus simple de les retrouver dans la bibliothèque ou sur l’ordinateur.

Pour que vous compreniez bien, voici les principales classes Dewey :

  • 000 – Généralités (informatique, information, ouvrages généraux)
  • 100 – Philosophie (philo, psycho, occultisme, parapsychologie)
  • 200 – Religion
  • 300 – Sciences Sociales
  • 400 – Langues
  • 500 – Sciences de la nature et mathématiques
  • 600 – Techniques (Technologies, sciences appliquées)
  • 700 – Beaux-arts et loisirs
  • 800 – Littératures
  • 900 – Histoire/Géo
La CDD, cet arc-en-ciel psychédélique qui illumine le cœur de votre bibliothécaire.

La Dewey, est  ce que j’appelle un raisonnement par entonnoir : on part d’un sujet très vaste (la classe) pour petit à petit cibler l’information (les subdivisions).

Le documentaire Les oranges de mon verger sera ainsi classifié :

Classe 600 – (Technologie ( sciences appliquées))

Subdivision 630 – Agriculture et techniques connexes

634 – Vergers, fruits, forêts. Arboriculture

634.3 – Agrumes. Moracées.

Plus votre bibliothèque sera grande (aura beaucoup de documents) et plus il y aura d’intérêt à peaufiner votre classification : la BNF n’aura pas les mêmes besoins que la bibliothèque municipale de Trifouilly-Les-Oies.

Les oranges du verger du Tsar Nicolas II est un ouvrage sur l’agriculture certes, mais vous pourrez plus facilement renseigner le « docteur-es-vergers » si vous avez précisé – grâces aux tables de la CDD – la période historique (XIXème) et la localisation géographique (Russie) dont traite le document.

Si vous n’avez qu’un seul documentaire sur les agrumes, inutile d’apporter plus de précisions : 634.3, c’est déjà très bien.

Il existe bien sur d’autres systèmes de classification… la CDU par exemple… mais ceci est une autre histoire…

« Et demain, je te raconte l’histoire du bibliothécaire qui exploitait une CDD dans un CDI… »

 

Questions de lecteurs : Bonjour, je cherche un livre. Je ne sais plus le titre, ni l’auteur. Mais il était bleu. Ou peut être rouge.

Question n° 156 de Mirza Soleil, 78 ans : Bonjour, je cherche un livre. Je ne sais plus le titre, ni l’auteur. Mais il était bleu, ou peut être rouge…

Abracadabra, votre bibliothécaire apparaît dans un nuage de fumée. *Pouf* « Bonjour madame, alors vous cherchez un livre ? Ça tombe bien, vous êtes dans une bibliothèque.  Ah, vous n’avez ni titre, ni auteur ? Prenez un siège, ça risque d’être long. »

Mais pourquoi long ?

Pour comprendre cela, il faut savoir comment les livres (et autres documents) sont répertoriés dans votre bibliothèque et plonger dans les abîmes du…. CATALOGAGE…

Mais qu’est ce que c’est ENCORE que ça ? Et bien c’est, tout simplement, la description du document que vous avez entre les mains : est-ce un livre, un DVD, une chaussette, une tablette ? Combien de pages y-a-t-il ? Qui l’a écrit, réalisé, composé ou illustré ? En quelle année ? … et tant d’autres questions que vous vous posez !

La paire que vous aviez accidentellement perdue la dernière fois à la bibliothèque a, en réalité, été cataloguée par un bibliothécaire cleptomane. Félicitation.

Il y a quelques années, chaque livre avait le droit à sa petite fiche papier qui contenait les informations utiles : titre, auteur, éditeur, date d’édition, pagination…

Exemple d’une fiche des années 1990 trouvée dans un des romans que je dois encore informatiser.

Ces petites fiches étaient classées dans des meubles très spéciaux (vendus très cher aujourd’hui sur les sites de vente en ligne) avec tout un tas de petits tiroirs trop mignons.

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Aujourd’hui, la plupart des bibliothèques ont découvert les joies de l’informatique. Les petites fiches papiers sont devenues numériques, avec tout un tas de champs incompréhensibles pour la majorité des humains.

Page de formules diaboliques arrachée à un site mystérieux de la secte BNF – vulgairement appelée « notice ».

Des nombres, des $dollars$, des codes énigmatiques… tout correspond en fait à des données précises : des informations sur votre livre. Les bibliothécaires appellent cette mise en page étrange le format UNIMARC.

Regardez par exemple le champ 200 de votre notice : il s’agit des « titre et mention de responsabilité ». Le sous-champ 200 $a s’applique au titre de votre  document. Le $f à l’auteur.  Et ainsi de suite…

Voilà donc à quoi ressemble, pour un bibliothécaire, la fiche numérique de votre livre. Bien sûr, une fois mises en page, vous ne verrez plus toutes ces informations sur le catalogue.

Petit à petit, le format UNIMARC évolue. A terme, sa forme actuelle est vouée à être remplacée par un modèle (le FRBR, appelé aussi éfèrbéhèr ou Freubreu) plus adaptable aux moteurs de recherche type Gougle ou Bong.

Revenons à votre livre perdu : l’ordinateur va chercher les informations contenues dans cette notice. Or regardez bien : le détail de la couverture n’est mentionné nulle part ! Cela viendra probablement un jour, mais pour l’heure, les logiciels des bibliothèques sont incapables de retrouver un document par leur jaquette ou leur première de couverture.

(En fait, techniquement, ça serait possible. Il suffirait à chaque catalogage de remplir un champs spécifique « couleur » soit en toutes lettres avec un menu contrôlé, soit en sélectionnant directement une image couleur (menu contrôlé aussi) puis tout serait une question de mise en page.)

Cela viendra, cela viendra.

La couverture du Gabalda de 2017 : plutôt « Bleu pétrole sous un ciel printanier », « Bleu smalt dans un verre de whisky » ou « Bleu barbeau hypnotisant si vous louchez un peu » ?

ATTENDEZ ! Ne partez pas ! Tout n’est pas perdu, nous pouvons peut-être encore reconstituer le puzzle : décrivez précisément la couverture. Connaissez-vous le synopsis du document ? Plutôt fiction ou documentaire ? Est-ce une nouveauté ou un ancien titre ? Vous en avez entendu parlé dans une critique (radio, télé, papier) récente ?

Votre bibliothécaire va faire travailler ses méninges (et celles de ses collègues) ou va solliciter un moteur de recherche pour essayer de trouver votre livre.

Malheureusement, si les informations que vous apportez ne sont pas suffisantes, il peut arriver de ne jamais retrouver le titre que vous recherchez. En 2015, le ministère de la communication et de la culture publiait les chiffres clefs du secteur du livre (de 2014). Rendez-vous compte : cette année là plus de 80.250 titres ont été produits ! Le vôtre est peut-être un de ceux là.

Ou pas.



J’ignore si vous êtes prête pour cela, mais il existe une ultime solution pour retrouver votre livre… Une solution aussi effrayante que maléfique…

Et cette solution se trouve auprès de votre Bibliothécaire Patrimonial (Oui, celui-là même qu’on a achevé la dernière fois). Flattez un peu son encolure, complimentez-le sur la soyeuseté de son poil et la douceur du dernier incunable acquis, puis demandez-lui de vous trouver quelques ouvrages sur…

La Bibliomancie.

(prononcer avec une voix gutturale ou écrire en lettres de sang)

Et oui puisqu’internet et le cerveau de votre conseiller habituel n’ont pas pu résoudre le problème du livre à couverture rouge (ou bleue), il ne reste que la divination. Et quoi de mieux qu’une bibliothèque pour pratiquer la bibliomancie ?

Sous le court titre de Dictionnaire infernal : répertoire universel des êtres, des personnages, des livres, des faits et des choses qui tiennent aux esprits, aux démons, aux sorciers, au commerce de l’enfer, aux divinations, aux maléfices, à la cabale et aux autres sciences occultes, aux prodiges, aux impostures, aux superstitions diverses et aux pronostics, aux faits actuels du spiritisme et généralement à toutes les fausses croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles, l’auteur J. Collin De Plancy expliquait dans son édition de 1863 la bibliomancie :

Divination ou sorte d'épreuve employée autrefois pour reconnaître les sorciers. Elle consistait à mettre dans un des cotés d'une balance la personne soupçonnée de magie, et dans l'autre la bible ; si la personne pesait moins, elle était innocente ; si elle pesait plus, elle était jugée coupable : ce qui ne manquait guère d'arriver, car bien peu d'in-folio pèsent un sorcier. On consultait encore la destinée ou le sort en ouvrant la Bible avec une épingle d'or, et en tirant présage du premier mot qui se présentait.
Technique proche de la bibliomancie, les Monty Python pratiquaient la canardomancie.

On peut facilement rattacher la bibliomancie aux Sorts Homériques.

I. Bodin Angevin en parle d’ailleurs très bien en 1580 dans son ouvrage « De la démonomanie des sorciers »

Lunier, en 1805, résumera ainsi dans le volume 2 de son Dictionnaire des sciences et des arts :

C'étoient des divinations, par lesquelles on croyoit que le vers qui se rencontroit à l'ouverture des poësies d'Homère, étoit une réponse précise à la question qu'on agitoit.

Bref, aujourd’hui, la Bibliomancie consiste à tirer de la lecture d’un passage choisi au hasard une prédiction ou une décision.

L’occasion de demander le titre (et la localisation) de cet ouvrage mystérieux que vous cherchez, n’est-ce pas  !

Parce que si les bibliothécaires sont un peu des sorciers, les livres ont, eux aussi, quelque chose de magique.

Coup de chance (ou coup du sort) voilà justement un roman de David Brin sur mon bureau. En l’ouvrant au pif avec une épingle d’or une douchette, voici le résultat : « C’est mauvais signe, n’est ce pas ? » (T1, p.145)

Pour l’interprétation, je vous laisse seule juge. Mais ne restons pas sur un propos négatif : je vous propose de réessayer, parce que bon, tout le monde sait que si les bibliothécaires sont capables de retrouver des livres perdus, ils sont aussi capables de dévier le destin.

Je change donc discrètement de bouquin histoire de mettre toutes les chances de mon côté pour « dévier le destin » et j’ouvre le nouveau livre à une page lambda.

(T2, p.209) « J’étais dans l’erreur ».

(Opération réalisée sans budget et sans trucage)

Bon.

Alors à un moment, madame Soleil, j’ai envie de vous dire, bibliothécaire ou pas, quand ça veut pas, ça veut pas.

Votre bibliothécaire Willy vous l’annonce officiellement : il ne retrouvera pas votre livre.

Questions de lecteurs : J’ai éternué en lisant un roman. La page s’est déchirée. Mais ne vous inquiétez pas, je vais rescotcher tout ça !

Question n° 156 de Nicolas Chatterton, 42 ans, : J’ai éternué en lisant un roman. La page s’est déchirée. Mais ne vous inquiétez pas, je vais rescotcher tout ça et il sera comme neuf.

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Page fabuleusement réparée par Nicolas Chatterton

Bien Nicolas, vous m’entendez ? C’est la S.P.L.A. qui vous parle. Vous allez poser douuuucement ce rouleau de scotch à terre. Donnez-nous ce livre maintenant. Allez Nicolas, pensez à ces rayons désertés, ces livres orphelins… ouiiii c’est biennn. Rendez-le nous avant de l’achever, douuuuucement, sans geste brusque !

Ouf.

L’agrafeuse, la colle ou le scotch sont, dans les mains d’un lecteur, considérés par le bibliothécaire comme des armes de catégorie A – 2. C’est-à-dire des armes de destruction dont la détention est strictement INTERDITE.

Faites le test lors de votre prochaine visite en bibliothèque et prononcez – de sorte à ce que tout le monde vous entende – les mots « J‘ai bien trouvé le scotch. Je vais réparer le livre de la médiathèque, ils n’y verront que du feu ».

Vous verrez alors un frisson d’horreur parcourir l’échine de votre bibliothécaire et ses yeux s’agrandir d’effroi.

www.tenor.co
Votre bibliothécaire, la dernière fois que vous lui avez rendu un livre réparé par vos soins. (En fait, lui, c’est pas votre bibliothécaire, c’est Rambo, mais quand vous lui avez rendu votre livre, dans sa tête c’était comme ça…)

Alors certes, sur le coup, ça vous a paru être une super idée. Un p’tit coup de scotch (le ruban adhésif, pas le whisky !) et le document est tout beau tout neuf… Hop ! Amour sur la planète, licorne, arc-en-ciel et petit poney.

Sauf que…

Sauf que dans la vraie vie, votre scotch, il va jaunir avec le temps. Il va aussi bouffer l’encre des pages. Se fragiliser et devenir cassant… Et bien sûr, tout ça ce n’est que si vous avez bien collé la page. Je veux dire par là, qu’elle est droite, bien positionnée, que ça ne dépasse pas de tous les bouts… parce que dans ce cas, l’électrocardiogramme du document est aussi plat que l’horizon que voient les marins qui naviguent au beau milieu de l’océan.

Tiens, ça me rappelle cette touchante anecdote où un lecteur avait réparé un DVD fendu en deux (il s’était assis dessus) avec de la colle universelle.

Bref, la solution, si vous avez le malheur d’abîmer un livre, c’est d’en parler au bibliothécaire. Ne laissez pas traîner l’objet du délit huit ans sur votre bureau… allez tout de suite expliquer votre infortune à votre conseiller bibliophile/bibliopathe.

Loin d’être le serviteur du mal que vous imaginez, il essayera avec vous de trouver une solution adaptée selon la gravité du problème.

QUELQUES EXEMPLES :

-> Vous avez renversé votre café sur le document ? Ça peut arriver à tout le monde. Pour vous, ce n’est peut être pas bien grave (comparé à la faim dans le monde) et peut-être que votre bibliothécaire dramatise un peu en vous rejouant la mort de Phèdre face à ce bouquin, mais apprécieriez-vous d’emprunter un ouvrage puant aux pages ondulées, collées, couvertes de café (sans compter les moisissures qui risquent de s’installer) ?  Bof, bof, moyen, moyen probablement. Peut-être faut-il envisager un rachat du livre ?

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Le bibliothécaire désespéré (Tragédie en 3 actes)

-> Une page s’est détachée ?  Soit vous avez trop tiré dessus, soit la qualité de la reliure laissait à désirer. Quoi qu’il en soit, ce document peut être sauvé. Il partira en « réparation » quelques semaines et reviendra en pleine santé.

-> Pris d’une pulsion malsaine, vous avez rempli la grille de sudoku du périodique de juin 2013. Bon. Si vous l’avez fait au crayon à papier, un petit coup de gomme pourra peut-être résoudre le problème. (Une règle avant d’agir : toujours en parler à son bibliothécaire) Sinon, selon le règlement en cours dans la bibliothèque,  soit vous devrez racheter le périodique, soit le bibliothécaire vous remontera gentiment les bretelles et passera l’éponge en faisant « une exception, pour cette fois mais ne recommencez pas », parce que bon… 2013 quoi.

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EN BREF : 

De la colle spécifique, des bandes adhésives spéciales, un massicot et tout un tas d’outils tranchants… les bibliothèques ont généralement le matériel (et (plus ou moins) les compétences) pour réparer les documents.

Quoiqu’il en soit, les ouvrages que vous empruntez sont des biens publics. Évitez si possible de les traiter violemment : surlignages  et annotations multiples, traces organiques non identifiées, bains de toutes sortes (pluie, verre d’eau, boue…) et même si vous avez très envie de faire les mots-croisés du dernier « Mots-Croisés Magazine », essayez de refréner vos instincts basiques de SérialBooksKiller et pensez au lecteur qui empruntera le document après vous.

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~oOo~

Bien sûr, je vois déjà mon collègue du Patrimoine faire une crise d’apoplexie en observant ma manière de couvrir les documents (Aaaah du Filmaflux ! kof kof ! Aaaah des étiquettes ! kof kof ! Aaaah le viol des règles de conservation ! kof kof *mort soudaine et tragique dudit collègue**Pleurs simulés de la responsable de ce tragique incident*), alors je tiens à préciser que la façon de réparer un document variera aussi selon votre bibliothèque.

Les ouvrages précieux, par exemple, demandent un soin tout particulier et ont un coût de restauration relativement astronomique.

Bon, par contre, j’ai un conseil IMPORTANT si vous abîmez un document précieux.

Ne négociez pas avec votre bibliothécaire.

Courrez.

Vite.

Loin.

Déménagez.

Et changez de nom. (Pas Sarah Connor. Ça a été testé et pas approuvé)

~oOo~

Chaque jour, en France, 105 249 livres meurent dans d'atroces souffrances alors qu'ils auraient pu être sauvés.  -  

C'était un message de la Société Protectrice des Livres Abîmés

Les citations célèbres : 

« Avant, il y avait des dragons, un lecteur a voulu les réparer ; on voit le résultat » – JRR Nolkien

« Un livre réparé par un lecteur, c’est un avion de plus qui disparaît en mer » – Antoine de Saint Exaspéry

« Le lecteur est né pour la lecture, pas pour la réparation. Mais on le sait tous : au royaume des usagers, le scotch est roi... » – Coltaire

« Pourquoi mettre du scotch ? Mettez le feu, ça sera le même résultat, mais en plus rapide. » – Quin Schi Huang

Article sponsorisé par la SPLA

Questions des lecteurs : Mon bibliothécaire m’a dit que j’étais usagé ! Que je n’avais qu’à consulter les notices opaques car il devait aller faire les magasins !

Question n°553 de Lance Lelo, 105 ans – Mon bibliothécaire m’a dit que j’étais usagé ! Que je n’avais qu’à consulter les notices opaques car il devait aller faire les magasins ! Mais de qui se moque t-on ?! Je refuse de me laisser insulter plus longtemps.

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Diantre, Lance ! Rangez immédiatement cette épée et asseyez-vous un peu ; nous allons vous expliquer.

Point d’insulte, point d’affront : un usager n’est pas une personne bonne à jeter. C’est au contraire un individu très recherché dans les bibliothèques publiques. En fait, les usagers sont tout simplement les lecteurs, les bouquineurs, les cinéphiles, les mélomanes, les surfeur2.0…  qui fréquentent nos bibliothèques !

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Si votre bibliothécaire préféré vous a conseillé de consulter les notices du catalogue OPAC (Online public access catalogue), c’est justement parce qu’il n’est pas opaque. Sur les ordinateurs mis à votre disposition, vous pourrez faire des recherches diverses et variées sur les collections de la bibliothèque : cherchez-vous le dernier roman d’Amélie Pasdetombe ? Bingo ! Le catalogue vous dira si le document a été acheté par votre bibliothèque, si il a été emprunté par un autre lecteur, où il est rangé…

Pour résumer, votre OPAC, c’est votre moteur de recherche. Le Google des livres de la bibliothèque. La boule de cristal de la diseuse de bonne aventure de la roulotte place du marché :  » Je voiiiiiiis… je voiiiiis un livre… avec des pages… « 

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Quant aux magasins, ce ne sont, bien entendu, pas des commerces. Ne vous attendez pas à voir revenir votre ‘thécaire avec les derniers articles en solde de la boutique d’en face.

Bien sur que non. Dans le sombre royaume des bibliothèques, les magasins sont des couloirs sombres, remplis d’étagères ou de compactus effrayants auxquels vous n’avez pas accès.

Un lieu secret et mystérieux…

Bon, d’accord, c’est un prolongement de la bibliothèque. Un espace supplémentaire où ranger des collections qui ne peuvent pas être consultées en libre service (docs anciens ou fragiles) ou parce qu’elles sont peu consultées par le public.

Foi de menteor.

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 Pour vous simplifier la vie en bibliothèque, retenez que :

Un fonds, c’est pas un fond.

Un OPAC n’est pas opaque.

L’enfer n’est pas vraiment l’enfer.

Un magasin est loin d’être un magasin.

Une cote n’est pas une côte.

Un désherbage n’est pas un désherbage.

Un champ n’est surement pas un champ.

Un index n’est pas un index.

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De rien.


Pour le reste, l’Infra-Monde vous conseille de découvrir le célèbre « dictionnaire du diable des bibliothèques » – malheureusement plus mis à jour depuis longtemps.

 

QUESTIONS DES LECTEURS : Mon chien a perdu le DVD que j’avais emprunté à la bibliothèque. On me demande de le rembourser *saisissez ici une somme exorbitante*€ alors que le film coûte 5€ à Quatrefours !

Question n°57 de Psicou Loncle, 70 ans Mon chien a perdu le DVD que j’avais emprunté à la bibliothèque. On me demande de le rembourser *saisissez ici une somme exorbitante*€ alors que le film coûte 5€ à Quatrefours ! 

Devinette du jour : comment les bibliothécaires peuvent-ils acheter leurs châles, leur café et leur p’tit cubi d’rouge ?

Solution : en faisant payer au lecteur des sommes mirobolantes lors de la perte de documents  ! C’est pourtant mathématique : 1 DVD abîmé et remboursé = 1 bibliothécaire habillé pour l’hiver.

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OU ALORS

Parlons peu, parlons bien, parlons gros-sous.

Reprenons depuis le début par la lettre A (comme arnaque).

Non, plutôt par la lettre PU (car oui, pu est une lettre) : en France, c’est facile, tous les livres ont le même prix (à 5% près). On appelle ça bestialement le « PRIX UNIQUE DU LIVRE« .

Le SNE résume ça assez clairement : « […] la loi sur le prix unique du livre (dite loi « Lang ») est entrée en vigueur le 1er janvier 1982 en instaurant le système du prix unique du livre en France : toute personne qui publie ou importe un livre est tenue de fixer pour ce livre un prix de vente au public. Quelle que soit la période de l’année, ce prix doit être respecté par tous les détaillants (grande surface spécialisée, hypermarché, maison de la presse, grossiste, librairie traditionnelle ou en ligne), qui n’ont la faculté d’accorder des rabais que s’ils sont limités à 5 % du prix déterminé par l’éditeur. »

Cela signifie que si vous perdez/abîmez/mangez un livre, le bibliothécaire vous demandera au choix : de le racheter ou de le rembourser (ou alors il est sympa et il laissera tomber – mais ceci est une autre histoire). Où que vous irez, le document sera au même prix (d’où l’intérêt de privilégier les petites librairies).

BIEN !

Couplons ceci avec le DDP, comme droit de prêt. (Faut bien faire manger les auteurs). Car si le bibliothécaire vous demande de payer la somme exacte du livre et pas 1 centime de plus, c’est grâce à l’Etat qui paye le DROIT DE PRÊT pour vous. Ben oui, il verse 1,50 € par inscrit en BM et 1 € en bibliothèque universitaire.

MAIS VOILA

Nous allons bientôt toucher le fin fond du problème, racler la vase de l’étang et manger les pissenlits par la ra… non, je m’égare.

L’Etat prend donc en charge le droit de prêt des livres… mais pas celui des DVD.

OR

une bibliothèque municipale ne peut pas prêter des documents au petit bonheur la chance, comme elle l’entend. Ça serait trop simple. Elle doit avant tout s’acquitter de droits auprès d’un fournisseur agréé.

Et là, le vidéothécaire, jusqu’alors débonnaire, commence à tirer la tronche et à sombrer dans une profonde dépression. Tombe dans une spirale infernale, devient alcoolique, se drogue et vous demande de rembourser une somme astronomique… NON ! Cessez de m’interrompre je vous prie !

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Il existe en fait plusieurs types de droits : prêt, projection, consultation, enseignement, location… tout dépend ce que vous voulez faire. En bibliothèque, les plus utilisés sont les droits de prêt (naturellement) suivi par les droits de projection.

Chacun de ces droits entraîne un coût supplémentaire sur le DVD : à titre d’exemple, début 2017 chez le fournisseur ****, le volume 1 de la série Naruto Shippuden (sortie en 2002) est à 119€ prêt + consultation.

Chez ***, X-men est à 49€50 – alors que vous pouvez le trouver à 2€40 dans une grande surface culturelle de type FNOUC.

MAIS CE N’EST PAS TOUT !

Ce prix extravagant que paye la bibliothèque ne concerne QUE le support que vous avez entre les mains. Pour simplifier, si vous décidez de gruger discretos en rachetant un DVD à 5€ au lieu de 70€, ce n’est pas LEGAL, car le droit de prêt n’aura pas été attribué sur le DVD à 5€.

Voilà pourquoi le bibliothécaire vous demande OFFICIELLEMENT de rembourser  *saisissez ici une somme exorbitante*€.

Et ils ne pourront même pas payer leurs vacances avec votre chèque, car les sous ne retourneront pas à la bibliothèque, mais partiront au Trésor Public.

Et paf, CQFD.

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